source : articles du
Parisien.frLe bras de fer persiste entre forains et commerçantsPar Valentine Rousseau, Publié le 24.12.2011 Ne cherchez pas les étals de vêtements, chapeaux, bijoux et autres, aujourd’hui, dans les rues du Commandant-Berge et Trévise, ni sur le pont du Marché. La ville de Meaux a déplacé environ 65 exposants de quelques dizaines de mètres, sur la place Jean-Bureau et la rue des Teinturiers. Les autres forains situés quai Carnot, entre les deux ponts, ne bougent pas.
Ce transfert se répétera samedi prochain. Une décision imposée par la mairie, qui ne ravit pas les forains. Et traduit le bras de fer persistant entre les non-sédentaires et les commerces du quartier du marché.
Le conflit avait éclaté cet été quand la ville a tenté d’imposer aux forains de remballer à 13 heures (au lieu de 17 heures), en même temps que les maraîchers et fromagers de la halle alimentaire.
« Nous ne voulons pas tuer leur activité, se défend Philippe Dilly, vice-président de l’association des commerçants du marché. Nous réclamons depuis cinq ans un rééquilibrage. Les camions stationnent n’importe comment devant les vitrines, l’espace réglementaire de 1,40 m entre les stands et les vitrines n’est pas respecté. Aujourd’hui, le quartier n’attire plus les commerces traditionnels de chaussures, de textile. Les investisseurs refusent de venir à cause des rues bloquées le samedi, la plus grosse journée d’affaires de la semaine. »Un commission de concertation infructueuseEn septembre, la mairie avait créé une commission de concertation. Infructueuse. « Il est important de ne pas créer de polémique sur un sujet aussi délicat », tient à préciser le cabinet du maire. Jean-François Copé avait, dans un premier temps, voulu carrément supprimer les étals non alimentaires les 24 et 31 décembre, journées de forte affluence. Motif :
« Ces journées génèrent un trafic très important en ville, mais la présence du marché risque d’empêcher la fluidité de circulation. »Les réunions organisées en mairie entre les deux « camps » ont été houleuses. Mais hormis quelques caractères trop virulents de part et d’autre, la majorité des commerçants et forains cherche à avancer.
« Le marché est un lieu de vie, de lien social, il n’est pas question de le supprimer, rassure Jérôme Tisserand, élu en charge du commerce. Je souhaite réactiver l’association des commerçants forains, pour que les échanges soient constructifs. » Dès janvier, la mairie fera respecter les distances entre les étalages et les vitrines, interdira le stationnement quai Jacques-Prévert dès le vendredi soir afin de laisser place aux camions des forains et affichera les horaires du marché dans le quartier.
« On doit se battre pour travailler »CHRISTIAN REISH tient un stand depuis 38 ans Christian Reish vend des bonnets, écharpes et gants au marché de Meaux depuis trente-huit ans. Il occupe un important stand, sur le pont, et a fait signer un engagement à 64 collègues, pour qu’ils s’astreignent à plier leurs étals à 14 heures :
« On préfère terminer plus tôt à notre emplacement habituel que d’être déménagés. Mais la mairie refuse d’entendre notre promesse, le dialogue est bloqué, regrette-t-il. Je siège à la commission des marchés à Lagny, la ville a accepté qu’on reste une heure de plus les vendredis des fêtes! Ici, on doit se battre pour travailler. La ville joue avec la trésorerie de nos entreprises. » Christian Reish estime que ses premiers ennuis avaient démarré avec la foire d’automne, il y a quinze ans.
« On subit un engrenage hallucinant. Les 24 et 31 décembre sont des journées essentielles. » Il reconnaît des exagérations de quelques forains, qui exposent trop près des vitrines :
« Bien sûr qu’il faut changer certains comportements, mais je ne pensais pas vivre ça au bout de trente-huit ans… » Georges Caron, bouquiniste, ouvre son camion-vente depuis vingt-six ans dans ce marché :
« Je suis un homme normal, qui paye ses taxes, ses impôts, son emplacement. J’aimerais travailler, je ne comprends pas cette guerre. Je fais aussi vivre les sédentaires en achetant un sandwich, des médicaments à la pharmacie, une pizza… On doit travailler ensemble et pas les uns contre les autres. »